EXPOSITION Saison II Expo 5 | Du 1 février au 18 mars 2005

L’AIGUILLAGE GALERIE
expose

Dualité
Limousin - Sculptures

Du 1 février au 18 mars 2005

•Vernissages
L’AIGUILLAGE GALERIE mardi 1 février 2005 à partir de 18h30

en parallèle avec la
GALERIE BRUN LÉGLISE jeudi 3 février 2005 à partir de 19h00

•Contacts :
Corinne Bertelot : 01 45 84 52 46 - 06 72 91 59 19
corinne.bertelot@aiguillage.org

•Horaires
du lundi au vendredi de 11h à 19h - samedi de 14h à 19h et sur rendez-vous
du mardi au samedi de 13h à 19h et sur rendez-vous

LIMOUSIN
Dualité


L’oeuvre d'art se doit de se manifester dans l'extrême clarté (mais déjà Platon rappelait que ceux qui vivent dans l'obscurité ne peuvent pas voir le lumineux quand ils quittent leur prison) mais aussi dans l'énigmatique, afin d'éviter à tout prix le banal ou l'ordinaire.
Le travail de J. Limousin répond à cette définition, d'ailleurs contradictoire: à la fois le simple et le complexe ou encore l'accessible et un discret symbolisme.

Nous en donnons notre lecture, persuadé qu'elle en autorise plusieurs.
J. Limousin n'a pas cessé de penser et donc de sculpter « la dualité » (deux éléphants, deux spectateurs mis en présence d'un arbre fourchu, etc.). Parfois, la séparation de deux semblables -en vue de la binarité fondamentale- table non plus seulement sur l'espace qui disperse, mais sur le temps: en effet, un des deux éléfans est déjà rongé; cette sorte de squelette a connu la démolition cadavérisante, tandis que l'autre semble moins entamé. L'un -l'ancêtre- paraît plus vieux; les deux se tournent le dos et s'opposent.
Ailleurs -autre installation- nous croyons reconnaître d'étranges squelettes (ils sont divisés, en quelque sorte, deux par deux, une binarité non pas abolie mais accentuée).
J. Limousin a retenu, pour sa scénographie, les pièces osseuses, parce que les plus résistantes, celles qui conservent le mieux les traces du passé. Un sculpteur-architecte ne peut pas se détourner de la solidité; ici ce ne sera pas vraiment la pierre, mais son équivalent, avec cette différence que celle-ci conserve les marques de la vie, sa subtile construction, sa structure testimoniale.

Puisse le visiteur s'arrêter sur ce que nous donnons comme le sommet de l'exposition: une sorte de vaste contenant -à la surface bosselée et mouvementée- est mis en présence d'un comparable à lui. Est-ce encore le même ou déjà un autre? La dualité ici s'anime: d'un côté, elle insiste sur la symétrie (le jumelé) mais, d'un autre côté, nous repérons de notables différences (la diff-errance). Les deux « mêmes» luttent contre l'identité ou même l'excès de similitude. Ils se posent vraiment dans l'opposition. Nous commençons à nous engager dans ce qui prolongera, intensifiera le décalage, voire l'antagonisme. On comprend que Jacques Limousin en arrive à rejoindre les artistes qui condamnent la guerre (notamment celle d'Irak) Son oeuvre même l'y poussait. L'essentielle binarité nous vaut à la fois la concorde et l'entente (même lorsque les unités comptent pour peu, du fait de leur petitesse et de leur fragilité - en comparaison des deux éléfans qui les escortent et qui frappent par leur volume comme par leur puissance énergétique- un miroir se met alors à changer les proportions. Il va grandir les personnages lilliputiens et abaisser le dimensionnel des autres).
Mais elle conduit aussi à la violence, à la confrontation et au conflit.
Jacques Limousin oscille entre ces deux pôles: l'union (la réunion) et l'affrontement Et comment ne pas retenir qu'en 2004, il se soucie du « Masculin-Féminin », un couplage qui répond au sien -originel, celui qui marie l'heureuse altérité mais aussi avec le risque d'opposition.
Nous croyons reconnaître là, dans cet ensemble, une sculpture nettement dialectisée. En outre, elle s'est éloignée de la pierre et de sa lourdeur (un peu de fixité ou d'immobilisme), usant d'ailleurs de substrats différenciés (métal, bois, os, verre, etc.).

Oublions l'interprétation selon laquelle la dualité se situe au coeur de cette oeuvre et l'arrime. Oublions les drames que cette dualité va favoriser : les excès de la fusion mais plus encore ceux de la désunion (la cassure).
Retenons le simple cas de ce coffret qui contient deux corps momifiés qui frôlent la nette similitude: ils sont posés sans doute sur un minuscule piédestal.
Ils suffisent à nous combler: la binarité est si difficile à se maintenir et à subsister que les corps morts réussissent à la soutenir et à l'illustrer.
Dans la vie, que les mêmes réussissent à devenir deux sans pour autant se dissoudre l'un dans l'autre (du fait de la domination ou de l'habileté de l'un des deux) ni sans se quereller, c'est un quasi-miracle, que J. Limousin le sculpteur a su exposer et dramatiser - Nous évoluons à la fois dans le simple, le fondamental et le subtil.

Nous en retirons une leçon théorique d'importance. L' « un », pour éviter un isolement mortifère, se doit de se diviser heureusement mais, du fait de la séparation qui s'ensuit, il s'expose aussi à la possible hostilité, à la guerre. Il sera toujours difficile de maintenir une paisible et fructueuse dualité.
François DAGOGNET philosophe septembre 2004

Arrêt sur objet

C’est dans un contexte marqué par le génie de la récupération que Limousin réalise ses premiers « objets-pièges » à la fin des années soixante. À partir de 1982, comme par inadvertance, il retrouve le chemin des décharges publiques, ces lieux d’une muséographie paradoxale où ce qui se dissimule attire davantage que ce qui s’expose ailleurs, dans les grandes manifestations officielles. À l’arrêt sur image de la séquence filmique, succède ici, une sorte d’arrêt sur objet, mais un objet dont la représentation est la seule utilité. Reculer pour mieux sauter. Sauter par-dessus le dépôt du passé. En observant ces reliques d’un autre âge, âge du fer, du verre, d’un mirage industriel évanoui dans le chômage et la déshérence culturelle, on songe aux contes pour enfants, au dernier des Mohicans, à ces mythes fondateurs qui façonnent à la fois l’éthique et l’esthétique d’une génération.
Paul Virilio 10 avril 1987

Les objets de Limousin sont des êtres qu’il fait naître lorsqu’il les rencontre au détour d’un trottoir, au milieu d’une décharge, une fois qu’ils ont perdu toute signification pour nos yeux d’êtres du XXe siècle occidental.
Débris d’une construction mêlant l’industriel au technicien, la machine au produit, ils gisent désormais parmi les restes de notre civilisation. Ils sont donc prêts à devenir poésie, Limousin, tel un poète qui soigne sa métrique les scie, les lime, les moule, les soude au gré des messages qu’il y lit, qu’ils portent en eux. Il nous raconte des histoires en leur donnant des titres qui permettent aux objets d’entrer en scène, prêts pour leur seconde, et cette fois, éternelle vie.
L’intervention de l’artiste est d’abord une récupération, inspirée par sa vision, ensuite une confrontation entre le morceau récupéré et ses cousins d’une fouille antérieure. Vient après l’assemblage, la soudure, le travail technique qui fixe le nouvel état. La cérémonie se termine par le baptême, la nomination aux archives de l’art.
Oui, je crois qu’un indien d’Amazonie comme un broker de Wall street pourront tous deux lire la plupart sinon la totalité des œuvres de Limousin. Elles se suffisent donc à elles-mêmes.
Je préfère vous dire que Limousin trouve des mots en lisant des romans, que ces mots deviennent objets à la suite des différentes pérégrinations dans ses mines à lui, gisement qu’il a mis du temps dénicher.
(…)On pourrait donc appeler ses sculptures des statuettes animées de cette force, simple mais directe qui convoque notre regard, qui l’agite, qui le provoque. Invasion silencieuse de vivant, créant ainsi un parcours magique, celui qui reconduit tout un chacun à sa propre capacité de création et d’action. Voilà tout le mal que je souhaite à tous ceux qui auront la possibilité de rencontrer ces re-animations, et qui, à travers elles, auront la possibilité de relire notre paysage.
Andrea Nuti in : Arte & Cultura 1992



Introduction à la méthode de Limousin

Il suffit d'avoir l'œil. Dans le continu opaque de la réalité, certains objets (il serait plus approprié de dire machins) émettent comme un signal: ce sont eux qu'il faut recueillir, une fois qu'on les a repérés. Recueillir et stocker. Celui qui a l'œil repère l'objet, perçoit son aspiration, jauge ses mérites, le pêche dans les flots obscurs où il vagit, le distingue. Celui qui a l’œil appelle l’objet à lui. Distinguer : c’est la première étape.
Tapi au fond d’un bloc blanc de marbre, il y a peut-être une Piéta, peut-être une Diane au bain, peut-être un esclave enchaîné. Qui sait ? Eh bien, celui qui a l’œil, pardi celui qui sait distinguer. Le sculpteur creuse, le sculpteur façonne, le sculpteur fabrique un objet matériel dérivé. Mais ce qu’il a distingué, dans la plupart des cas, il le travaille, il en affine et en classe le signal. Il distille, il purifie, il filtre, il quintessencie. Il exprime. C’est la deuxième étape.
Ah, oui : il faut aussi la main. Les doigts sous la supervision de la pupille. Au doigt et à l’œil. L’objet, le machin, se fait docile, ductile, souple. Plastique. Plastiques, le laiton, le bronze, l’acier, la fonte, l’aluminium. Autant de pépites pépiant leurs appels : « Voyez-moi, voyez-moi, voyez-moi ! Et recueillez-moi ! » L’œil distingue et la poigne saisit.
La poésie naît de la métaphore, la plus hardie est aussi la plus prisée. C’est ça, la fameuse « rencontre fortuite ». Il ne s’agit pas d’institutionnaliser les poubelles : d’autres l’ont fait, avec plus ou moins de bonheur. Il s’agit de susciter un étonnement amusé, de surprendre plaisamment, d’émerveiller par une astuce. Oui, comme Lautréamont. Oui, comme Man Ray, comme Meret Oppenheim. Oui, dans le sillage donc et à la frange du surréalisme, sans le dire (à quoi bon ?) mais dans l’élan superbe de l’art du XXe siècle : à la bonne heure ! Entre le sculpteur et son oeuvre, existe une distance très réelle, bien au-delà de l’air de ne pas y toucher que pratiquent quelques artistes. Au-delà aussi de la volonté de n’être point dupe. Il y a bien-entendu là-dedans un aspect qui rapproche Limousin de tous ceux qui, en arts plastiques, pratique la pataphysique de façon consciente : notamment Baj. Un Enrico Baj qui aurait fréquenté Francis Picabia. Avec aussi une longue et assidue pratique du système D, bien oublié.
François Naudin in « Les Amis de Valentin Brû »1997

Les archives du reste

A l’ombre de la grande bibliothèque de Babel, dans les ruines du Quai de la Gare, il accumule à loisir les pièces détachées d’une réserve d’instruments désormais dépourvus de toute utilité. Archéologue des rebuts en tous genres, il vit là où se décompose la machinerie de la mobilisation totale. A l’abri dans un entrepôt frigorifique, son atelier devient « le grand bazar des mécaniciens », la préfiguration du musée des décombres du XX ème siècle.
Amateur d'aphorismes, nostalgique des grandes figures littéraires, Jacques Limousin ne rend pas seulement hommage à Queneau, il fouille la décharge des mots pour en exhumer les scories, la cendre de leurs propos.
Semblance ou ressemblance (?) l'analogie n'est jamais une figure, mais le visage de ce qui n'a pas de "figure", le langage de ce qui n'a jamais eu la parole...Présence d'une absence, les oeuvres de Limousin ne représentent donc que l'escamotage à vue de leur modèle. Instrument d'une ombre, l'analogie n'est chez lui que le moyen de déplacement d'une comparaison sans raison apparente. Figuratif ou abstrait (?) cette question a cessé de hanter l'art actuel, celle qui lui succède est celle-ci: Analogique ou numérique (?) et la réponse est toute trouvée, l'instrument du nombre et sa "numérologie" domineront demain l'ANALOGON. Mais que restera-t-il des miroirs lorsque les écrans les auront remplacés? A l'époque où l'écriture analogique cède la place au chiffre et à son codage numérique, que devient l'art de la métaphore? Autant d'interrogations qui hantent désormais l'oeuvre de Jacques Limousin.
Paul Virilio 30 janvier 1998





LIMOUSIN sculpteur

Né à Besançon en 1938, vit et travaille à Paris
Ecole Nationale d'ingénieurs Arts et Métiers Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts, Paris Architecte
DPLG Diplômé del'Institut de l'Environnement
Professeur à l'Académie Julian, Penninghen
Professeur à l'Ecole Spéciale d'Architecture, Paris 1971/2004

EXPOSITIONS INDIVIDUELLES

1987 "45 sculptures-objets" Ecole Spéciale d'Architecture
1989 Galerie 1900-2000, Paris
1991 "50 sculptures" Académie Julian,
Galerie Jean-Pierre Harter, Paris
1992 "Les gens de Limousin" Centre Culturel de Guéret
1993 Institut Franco-Japonais, Tokyo
1996 "Hommage à Raymond Queneau", expositions à Paris, Levallois-Perret, au Havre, à Dieppe et Auxerre, parrainé par le Ministère de la Culture
1997 Le Temps des Livres, Saint Apollinaire
1998 "2.54 sculptures-objets" Ecole Spéciale d'Architecture,
"60 sculptures et oeuvres murales" Galerie Avivson, Paris
"Nouvel Hommage à Raymond Queneau" Centre Noroit, Arras
"Miroirs, verre et sous-verre", Paris
"Chaussures (et) les gants", Paris
2003 Hommage à Raymond Queneau, Maisons-Alfort
"Vanitas Vanitas" et "Mémoires d'élefant"
2004 Paris "Gris-Gris", Paris

EXPOSITIONS COLLECTIVES

1994 "3x91" Chapelle de la Sorbonne, Limousin-Mitrofanoff-Rémus, parrainé par le Ministère de la Culture
"Erotique" Galerie 1900-2000
1997 Faïenceries de Gien, Cortot-Limousin
Exposition Ubu, Bruxelles, Namur
"En forme de Poisson", Musée Océanographique, Monaco
1998 Association Florence, Paris
1999 "Hommage à Henri Michaux", Paris
"Jeter Créer" Autour des métaux, FlAP Paris
2000 Euromonde, Deutsche Bank, Paris
2002 "Histoires Naturelles", Muséum National d'Histoire Naturelle "Ombres de sièges" SAD, Carrousel du Louvre, Paris
2003 exposition 15 ans du "groupe M.A.I.N.S."
"Raymond Queneau 1903-2003" Saint-Ouen, Villeneuve-sur-Yonne…
Musée de Verviers, Belgique
Les 200 artistes contre la guerre d'Irak, Paris
2004 "Masculin-Féminin, éternelle différence" SNPPSY, Paris Exposition Alphonse Allais, Musée de Montmartre