EXPOSITION Saison II Expo 6 | Du 7 avril au 30 avril 2005

Erwan Le Bourdonnec

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L’AIGUILLAGE GALERIE
expose
Erwan Le Bourdonnec - "Avel Sonn"
Du 7 avril au 30 avril 2005

•Vernissage
L’AIGUILLAGE GALERIE jeudi 7 avril 2005 à partir de 18h30

•Contacts :
Corinne Bertelot - Pierre Gérard: 01 45 84 52 46 - 06 72 91 59 19

•Horaires
du lundi au vendredi de 11h à 19h - samedi de 14h à 19h et sur rendez-vous
du mardi au samedi de 13h à 19h et sur rendez-vous

Erwan Le Bourdonnec
"Avel Sonn"


Ce que l'on voit et ce que l'on sait.

Toujours les questions embarrassantes de l'enfance : "Dis, c'est grand comment le ciel? Dis, c'est haut comment le ciel?" Et celui qu'on appelle adulte, troublé par la pertinence de la simplicité, ne peut que répondre vaguement : "C'est immense le ciel, c'est tellement haut qu'on ne peut jamais le toucher, qu'on ne peut jamais l'attraper."
Plus tard, insatisfait de ses réponses, l'adulte ouvre le dictionnaire. La définition est là, courte, sèche : "Ciel : espace visible au-dessus de nos têtes, et qui est limité par l'horizon". Perplexité face au dictionnaire : me disant cela, il ne me dit pas ce qu'est le ciel mais seulement la perception que j'en ai, la part visible. En effet, il ne me viendrait pas à l'idée de chercher le ciel sous mes pas et pourtant le ciel existe aussi aux antipodes. De même, à la fête foraine, interrogé à brûle-pourpoint alors que je suis sur ce manège où j'ai la tête en bas, je répondrais encore que le ciel est au-dessus de cette tête dans laquelle la perception brute s'efface si souvent devant la pensée formelle. Quant à l'horizon, elle est bien étrange cette prétendue limite qui bouge en même temps que moi : si j'avance vers elle, elle semble reculer tout en demeurant toujours à la même distance, mais cependant chacun de mes pas modifie ma vision du ciel, m'en faisant découvrir une nouvelle portion.
Finalement, le ciel serait-il donc partout? N'est-ce pas cela que suggère le dictionnaire en renvoyant aux mots "air", "atmosphère" et "espace" au sens astronomique du terme?
Mais l'enfant, que lui dire alors? Si, tel un prisonnier, je regarde au-dehors par une minuscule lucarne, le ciel que je vois n'est plus immense mais tout petit. Et si le ciel est partout, je peux le toucher, je peux en attraper une partie juste en fermant la main.
Entre ce que je vois et ce que je sais, tout est décidément inextricablement mêlé et bien souvent paradoxal : la perception concrète que j'ai de ce que je regarde semble toujours complétée par l'idée conceptuelle et abstraite qui repose en mon cerveau et cette idée modifie à son tour ma perception première, elle-même à nouveau complétée puis modifiée, et ainsi de suite à l'infini du temps dans une mise en abyme infernale et sublime. Sublime, oui, car elle fait de nous les constructeurs inlassables d'une réalité jamais achevée, toujours en devenir. Infernale aussi car elle nous laisse sans repos dans cette construction où perception et pensée apportent chacune et toujours de nouvelles pierres.
Tout cela peut bien sûr paraître pure spéculation intellectuelle et inutile mais ce serait oublier un peu rapidement que sans cesse chacun de nous se définit par rapport à la réalité ou, plus exactement, par rapport à l'idée qu'il se fait de la réalité, et que nos accords et nos désaccords, nos paix et nos conflits, naissent fondamentalement d'une appréciation différente de cette réalité, de la difficulté à admettre qu'il existe autant de réalités que d'individus.

Réalité parfois bien particulière comme celle qu'Erwan Le Bourdonnec nous propose avec sa série Avel Sonn. Peintre mais aussi architecte, il s'intéresse et s'interroge depuis longtemps sur la notion de paysage. Partant du constat qu'il n'y a pas de paysage sans horizon, il pose aujourd'hui au centre de ses préoccupations le ciel et la perception que nous en avons.
Pour que le ciel connaisse l'horizon pour seule limite, il faut une étendue absolument plate comme en proposent la mer ou certains déserts, de ces étendues qui permettent de prendre vraiment conscience de la rotondité de la Terre et par là même de croire en celle du ciel.
Mais force est de reconnaître que de tels paysages sont rares. Le plus souvent, des éléments naturels ou architecturaux viennent s'interposer entre notre regard et le ciel. Et, malgré l'absolue beauté des ciels des plus grands peintres, ce sont ces éléments - une colline, un pont, un bateau, un village - qui demeurent d'une manière générale l'objet principal de l'œuvre.
Erwan Le Bourdonnec fait le choix esthétique inverse : à partir de photographies de paysages où domine une architecture volontairement rurale et pauvre - une petite maison sur la lande, quelques fermes dans la campagne, des poteaux électriques -, il compose d'une façon rigoureuse des toiles dans lesquelles, bien loin de faire disparaître cette architecture, il la rend simplement silencieuse en n'en gardant que quelques traits essentiels et en colorant ces constructions devenues formes muettes d'un gris uniforme extrêmement pâle. Cette architecture n'est alors là que par défaut, que par la découpe qu'elle impose à notre vision du ciel.
Cette présence d'une architecture qui se tait amène un curieux glissement de perception. Alors que sur la photo d'une petite maison avec ses fenêtres et sa cheminée ou sur un tableau représentant cette maison de façon réaliste, parlante en quelque sorte, nous ne pouvons pas douter que le ciel existe aussi derrière la maison même si nous ne le voyons pas, la toile d'Erwan Le Bourdonnec nous introduit dans une autre perception où le ciel s'arrête à la forme de la maison. L'idée ou la représentation mentale que nous avons du ciel ne peuvent plus opérer leur travail de modification de la perception, ne peuvent plus la compléter. Nous sommes ainsi introduits d'une manière assez brutale dans le domaine de ce que nous pourrions appeler l'abstraction de la perception tant cette représentation nous semble éloignée de notre expérience quotidienne.
Mais, en terme de perception pure, elle est pourtant justement cette expérience quotidienne : les formes géométriques parfois très anguleuses qu'acquiert le ciel dans cette série de dix toiles sont absolument conformes à la manière dont il nous apparaît dans la vie de tous les jours. Parce que l'architecture est construite, notre ciel quotidien, à la fois toile de fond et élément essentiel de tous nos paysages, est lui aussi construit et chaque tableau de la série nous en propose une construction différente.
Arrêtons-nous un instant sur la dixième toile de la série qui est peut-être le gage de cette conformité. Ici l'architecture a disparu. Le ciel occupe toute la toile. Que s'est-il passé? Tout simplement, le peintre a levé la tête et son regard, délaissant constructions et horizon, s'est installé en plein ciel, réconciliant du même coup idée et perception.

Au terme de ce travail de mise à nu de la forme du ciel, on est en droit de se poser une question à laquelle il appartient sans doute à chacun de répondre pour soi-même : combien de fois modifions-nous, à tort ou à raison, la perception que nous avons d'un événement, d'une chose, d'une personne, par l'idée plus générale et abstraite que nous nous en faisons?
Corollaire obligé de cette première question, une autre jaillit : n'est-ce pas une expérience de vie plus intense d'accueillir le monde tel qu'il est et non pas comme nous croyons qu'il est ?
Jean Pennec






ERWAN LE BOURDONNEC

Né à Rouen en 1973.
Vit et travaille entre Paris et Bégard (22).

Erwan Le Bourdonnec Installe ses Ateliers à Paris en 2004 pour travailler sur des projets d'architecture et développer son travail de peinture.
Diplome d'Architecte DPLG en 2000 à l'école d'architecture Paris-La-Villette (UP6).
Entre 1997 et 2004, il travaille comme chef de projets pour Andrée Putman.
Diplôme de l'ENSAD en architecture intérieure en 1995.
Entre 1978 et 1991, il suit des cours à l'atelier de peinture de Denis Godefroy à Rouen.

EXPOSITIONS (Installations, Performances...)

2005 Avel Sonn, Aiguillage Galerie, Paris.
2004Paysages Couchés, Salon Les Inattendus, à Paris.
2003Contribution au livre d'artiste collectif Je veux, initié par Onestar Press.
2002 Non-dits, exposition galerie GMBA, Paris.
Non-lieux, exposition galerie Le lieux-dit, Rouen.
2001Roudour, installation d'une toile (météo sensible 3), à Bégard en Bretagne.
2000Patchwork Paysages, exposition à la galerie GMBA, Paris.
1999Exposition collective à la Fonderie, à Champigny.
"J'irai sous tes galops", installation d'une toile (météo sensible 1), aux Sables d'Olonnes.
Veduta, peinture en public pendant le concert de Khortum au festival de musique en plein air de la Mairie du troisième arrondissement à Paris.
Repentirs, performance Jazz expérimental / Peinture, à l'espace Naxos Bobine avec Electroschnoc (Claude Whipple et Olivier Py).
In slide out, installation d'une toile (météo sensible 2), Cours de Vincennes, à Paris.
1998 Partitions, performance Batterie / Peinture, avec Reza Azard, Paris.
A-croches, performance Batterie / Peinture, avec Aidje Tafial, Paris.
Part Time, performance Batterie / Peinture avec Daniel Jodocy, Paris.

erwan.lebourdonnec.free.fr