EXPOSITION Saison II Expo 7 | Du 12 mai au 4 juin 2005
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Etienne Assenat

L’AIGUILLAGE GALERIE
expose
Etienne Assenat - Peintures

Du 12 mai au 4 juin 2005
•Vernissage
L’AIGUILLAGE GALERIE jeudi 12 mai 2005 à partir de 19h00

•Contacts :
Corinne Bertelot - Pierre Gérard: 01 45 84 52 46 - 06 72 91 59 19

•Horaires
du lundi au vendredi de 11h à 19h - samedi de 14h à 19h et sur rendez-vous
du mardi au samedi de 13h à 19h et sur rendez-vous

Des portraits, des silhouettes, toujours un léger flou. Huile sur toile. Formats moyens ou très grands mais répondant tous aux mêmes proportions, tendant vers le carré, et pourtant en dépit de la géométrie, un carré qui ne serait plus tout à fait carré sans être encore vraiment rectangle. Toiles sous verre et enchâssées, telles des icônes, dans de lourds cadres blancs, véritables caissons, qui, curieusement, n'entravent pas l'œuvre mais lui permettent au contraire de mieux respirer en lui conférant une autonomie, un certain isolement vital, la protégeant en quelque sorte de son plus proche environnement.
Encore un mot – le plus difficile – pour présenter brièvement la peinture d'Etienne Assenat : la beauté. Le plus difficile, oui, car la beauté ne se dit pas. Il n'y a pas de mots pour ça. Elle n'a pas d'histoire. Elle saisit. Elle laisse bouche bée. Elle impose le silence. Mais c'est précisément dans le silence auquel m'oblige la beauté immédiate de cette œuvre que peut commencer une longue promenade intérieure, promenade délicieuse tant elle est dépourvue de but et d'urgence comme ces instants trop rares où l'on a le sentiment que ce sont simplement nos pieds qui nous guident, que notre tête pensante s'est absentée, et que chaque instant du parcours est un but en soi.
Ainsi dans cet espace singulier où la pensée n'est pas encore tout à fait pensée, où les mots demeurent comme à la lisière de la conscience claire, la peinture d'Etienne Assenat m'apparaît peu à peu autrement.
Incontestablement, elle est là devant moi, dans l'instant présent, mais elle me semble être là de tout temps et pour toujours. Je ne sais plus où elle commence ni où elle s'arrête. Elle a la texture du souvenir. J'entends par là que sans cesse elle échappe, elle se modifie, elle évolue, elle change lentement. Jamais elle ne se fige.
Je pense à la photographie. Le plus souvent quand il s'agit d'images, ce sont des photos que l'on nomme souvenirs. Pourtant, il n'en est rien. La photo, c'est l'instant passé, figé dans son passé et que l'on regarde dans notre aujourd'hui. Elle peut certes éveiller le souvenir, mais se souvenir vraiment, c'est tout autre chose. Ce n'est pas revivre : le temps passé n'est plus. C'est simplement vivre. C'est commencer à nouveau l'instant dont on se souvient. C'est toujours au présent et c'est toujours différent. L'image qui se forme alors n'est quasiment jamais parfaitement nette, ce n'est jamais tout à fait la même, elle n'a jamais tout à fait la même forme, elle est sans cesse travaillée par le temps passé depuis l'origine du souvenir. Et c'est ainsi que le souvenir dure infiniment plus longtemps que l'instant. On pourrait aisément pousser cela jusqu'au paradoxe. L'instant n'existe pas. Son apparition et sa disparition ne font qu'un. C'est finalement le souvenir qui donne à l'instant sa durée et qui rend au présent sa vraie place – une non-place – qui n'est pas seulement entre le passé et le futur mais aussientre le jamais et le toujours.
L'œuvre d'Etienne Assenat montre alors toute sa nécessité. Comment matérialiser autrement que par la peinture cette image mentale et mouvante, absolument ancrée dans le réel, absolument figurative, mais qui peut parfois acquérir des aspects irrationnels tant elle est travaillée par l'écoulement du temps? Et nous voilà au cœur de cet univers singulier : l'un des credos d'Assenat est en effet qu'une toile se doit d'être une énigme dans ce sens où elle montre ce qu'on ne peut pas voir. J'entends soudain, comme en écho, Nathalie Sarraute affirmant qu'il faut "écrire ce que les mots ne peuvent dire".
Cependant, il ne s'agit surtout pas de figer le cours du temps et c'est là l'autre grand mystère de cette peinture admirable. Sans que l'on sache très bien comment, la durée ou ce que l'artiste lui-même nomme "l'infinité de commencements" du temps est inscrite dans ces toiles. S'emparant ainsi de la durée, Etienne Assenat est à mes yeux un peintre de l'éternité, c'est-à-dire – nouveau paradoxe – un peintre du présent, car l'éternité est toujours au présent, et c'est un "nonsense", une absurdité, d'écrire "c'était éternel" ou "ce sera éternel".
Sans doute qu'en nous privant de repères le flou dans lequel l'artiste maintient le sujet ainsi que le choix d'un format instable, hésitant entre carré et rectangle, sont déjà des éléments de ce mystère, de ce rapport profond avec l'éternité. Mais, bien qu'il soit vain de chercher les clés d'un mystère, il faut dire aussi que tout le temps contenu et offert par les toiles d'Etienne Assenat est présent dans leur élaboration. Il parle en effet de son travail comme d'un long dialogue avec la toile : "Je lui donne quelque chose, elle me demande autre chose et s'établit alors, entre nous, un jeu de réparties". Et si on lui demande comment il sait que la toile est finie, qu'en quelque sorte le dialogue est terminé, qu'il est l'heure de se quitter, que le moment est venu pour l'artiste de se déposséder de son œuvre, il hésite et répond que le signe principal de ce moment est l'oubli du parcours et des étapes qui l'ont amené jusque là.Fuse soudain dans ma tête une phrase de Claudel : "Il ne s'agit pas de comprendre, il s'agit de perdreconnaissance." Mais pour perdre connaissance, il faut avoir eu connaissance. C'est exactement cela que demande et propose à la fois la peinture d'Etienne Assenat : l'abandon délicat de ce qu'on croit savoir.
Jean Pennec


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Etienne Assenat

2004 Galerie l'Aiguillage, Les Frigos, Paris
Galerie Artélano, Paris
2003 Galerie Artélano, Paris.
2002 Galerie Carat, Paris.
Galerie Artélano, Paris.
Musée d'Art Moderme de la ville de Bonn. Expo de groupe, Allemagne.
2001 Galerie Carat, Paris.
1999 Galerie Fleck, Berlin.
1997 Galerie Fleck. Expo de groupe. Berlin.
1995 Salle St Jean, Hotel de ville de Paris
Centre d'Art contemporain de la ville de Rouen.
1994 Galerie Fox and Brooks, Londres.
1992 Fiac Galerie Lucien Durant, Paris.
1991 Accrochage Lucien Durant, Paris.
1988 Accrochage Lucien Durant, Paris.